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Digitick et la modification des frais de dossiers : réactions et explications

La principale société de vente en ligne de billets vient d’opérer un changement radical en décidant de modifier ses frais de dossier, passant de 0,50€ par billet à 1,45€ par panier pour les e-tickets à imprimer soi-même. Suite à l’article de Konbini sur ce même sujet, nous avons décidé de réaliser notre propre enquête ; réactions et explications des acteurs de la billetterie.

Digitick s’est aligné sur les tarifs de Ticketnet, où le coût panier de 1,45€ pour les e-billets a toujours été en place. Cette modification tarifaire de Digitick a abasourdi les organisateurs d’événements et certains acteurs de la billetterie.

Cécile Milon, chargée de communication de Digitick explique que cette modification « est un changement de structure et non une augmentation tarifaire. »

Guillaume Gondoin, associé chez Placeminute.com, voit dans ce changement de structure « une logique financière. Le coût est quasiment nul pour un billet dématérialisé et l’envoi d’un mail au client coûte moins de 1 centime. 0,50€ de frais n’est déjà pas justifié, et encore moins ce passage à 1,45€ de frais de dossier, hors frais bancaires. Chez Placeminute.com, nous intégrons directement les frais bancaires dans la commission. »

Cécile Milon souligne que « désormais, les frais de dossiers s’appliquent sur le panier entier, et non plus sur les billets individuels. » De plus, les transactions effectuées en marque blanche, qui lient également les producteurs, ne comportent aucun frais de dossiers. Le risque, étant à terme, que les organisateurs se tournent uniquement vers la solution de marque blanche de Digitick.

Selon Digitick, la majorité des clients achètent plusieurs billets à la fois. Cependant, sur Digitick, beaucoup de gros événements sont commercialisés, et peu de clients achètent plusieurs billets en même temps, quand le prix dépasse les 40€ à l’unité. Enfin, le panier moyen est de 2,3 billets chez Tickenet et 1,9 chez Placeminute.

Cette modification entraîne alors une augmentation du coût final pour l’acheteur, qui ne peut pas retirer ses billets gratuitement dans un point de vente, Digitick ne possédant pas de réseau propre. En effet, Ticketnet laisse le choix au client qui peut aussi bien éditer ses billets chez lui, ou le retirer gratuitement dans des points de vente.

Cette modification tarifaire peut alors laisser plus de place pour les concurrents, qui pourront négocier plus facilement avec les producteurs. Mais reste à voir si cette nouvelle va vraiment faire changer les choses.

Nous avons interviewé Nicolas Denéchau, organisateur des concerts de Dead Pig Entertainment et de concerts stoner et psyché rock au Glazart cité par Konbini, qui commercialise ses billets via Digitick. « C’est le leader du marché, et il génère un trafic important sur son site, ce qui permet de donner une bonne visibilité à nos événements. De plus, de nombreux spectateurs ont déjà un compte chez Digitick, et c’est plus simple pour eux de passer par ce distributeur. »

Cependant, M. Denéchau regrette de ne pas avoir été prévenu par Digitick. « La part des ventes via Digitick était importante, et puis, j’ai remarqué une baisse il y a une semaine. En vérifiant, j’ai remarqué la transformation des frais de dossiers. Conséquences ; les billets en prévente étaient vendus plus chers en ligne que sur place, et les spectateurs n’achetaient plus en prévente ».

La transformation des frais de dossiers peut être avantageuse à partir de trois places achetées, mais « les concerts que j’organise vise un public indépendant, et se déroulent dans des salles à petite jauge ; je n’ai jamais vu quelqu’un acheter trois places en une seule fois. Peut-être que Digitick pourrait instaurer un système par palier, selon les prix des billets mis en vente. »

Face à cette évolution, M. Denécheau, ainsi que d’autres organisateurs d’événements, ont retiré leurs places de Digitick. Il a choisi la solution de YuTicket pour palier à cette augmentation finale des prix des billets en prévente.

Le PDG de Digitick Christian Séré-Annichini a accepté de répondre à nos questions sur la modification des frais de dossiers mis en place il y a 15 jours. « Ce n’est pas une augmentation, mais une évolution » rappelle-t-il. « Il n’y a aucune différence entre Ticketnet et Digitick aujourd’hui, et finalement, la tarification sur le panier et non sur le billet est plus avantageuse pour les clients. »

En ce qui concerne l’augmentation finale du prix des préventes par rapport au prix sur place, M. Séré-Annichini rappelle que « les billets plus cher en ligne que sur place existaient déjà auparavant, et que cette modification ne change rien de fondamental. Je ne peux pas dire qu’il n’y ait pas d’impact pour certains petits producteurs, mais ce n’est pas un phénomène de grande ampleur structurellement lié à cette modification de tarification. De plus, rien n’indique que les acheteurs finaux soient arrêtés par cette évolution. »

Par rapport à la communication auprès des organisateurs, le PDG de Digitick explique que « les Conditions Générales de Vente, à disposition de tous les organisateurs, ont été mises à jour, ce qui assure à tout à chacun d’obtenir l’information ».

« Les frais de gestion s’inscrivent dans des pratiques établies depuis longtemps », explique le PDG de Digitick. « Il y a des coûts réels et avérés, comme les frais bancaires. Cette modification permet de palier aux risques structurels du paiement en ligne, dans la mesure où le paiement n’est pas garanti à 100% pour le commerçant. Le système 3D Secure a un taux d’utilisation de moins de 30% en France, et l’équilibre doit être fait entre le risque et la capacité à servir les clients. »

De plus, il faut inclure des coûts informatiques importants que cette modification tarifaire peut supporter. Enfin, « ce nouveau schéma nous paraissait plus homogène en comparaison avec les billets édités et envoyés par courrier. »

Rappelons que Digitick est le seul distributeur français à partager sa base de données, et reste ouvert à toute discussion avec les organisateurs et producteurs d’événements en ce qui concerne cette évolution de tarification.

Propos recueillis par Eddie Aubin et Clara Pillet.

Crédit : Digitick

  • Shanon

    Un choix stratégique où Digitick va s’en mordre les doigts et Placeminute va s’en donner à coeur joie…